Quand la rénovation devient démolition !

Quand la rénovation devient démolition Beaucoup d’habitants ont le sentiment que : on détruit plus qu’on ne réhabilite, on efface des repères, des sociabilités, des mémoires collectives, on décide “d’en haut”, sans tenir compte de ceux qui vivent là. Ce ressenti n’est pas marginal. Il revient régulièrement dans les enquêtes sur les quartiers ANRU.

Le rôle de l’ANRU : intentions vs. usages.

L’ANRU, à l’origine, vise à : améliorer le cadre de vie, diversifier l’habitat, désenclaver les quartiers, réduire les inégalités territoriales. Mais dans la pratique, certaines collectivités utilisent les fonds pour : démolir massivement, reconstruire moins de logements qu’avant, attirer de nouveaux publics plus solvables. C’est le cas à St Etienne et c’est une attitude parfaitement assumée par Siham Labiche par exemple (adjointe de Perdriau et maintenant candidate).

Ce qui, mécaniquement, tend le marché immobilier : moins d’offre sociale, plus de pression sur les loyers, plus de déplacements forcés. Est‑ce volontaire ? Volonté politique de “mixité sociale” qui, dans les faits, se traduit par une gentrification plus ou moins forcée.

Pression foncière : reconstruire moins cher, vendre plus cher.

Recherche d’image : “moderniser” un quartier pour attirer investisseurs et classes moyennes. On peut donc dire que tendre le marché n’est peut‑être pas le but affiché, mais c’est souvent un effet secondaire… parfois accepté, parfois recherché.

Le vrai enjeu,la question centrale reste : À qui profite la transformation ? Aux habitants actuels, ou à ceux qu’on espère attirer ? Et c’est là que beaucoup de projets ANRU sont critiqués : ils transforment les quartiers, mais pas forcément pour ceux qui y vivent.

Montreynaud : un exemple emblématique !

Ce quartier a été l’un des plus gros chantiers ANRU du département. Et il illustre parfaitement les tensions que nous évoquons. Ce qui a été fait démolition massive de plusieurs barres et tours, reconstruction partielle, avec beaucoup moins de logements qu’avant, déplacement de nombreux habitants, parfois loin du quartier. requalification des espaces publics, mais avec une logique très descendante et peu centrée sur la mémoire du lieu.

Beaucoup ont exprimé : un sentiment de dépossession, la disparition de repères sociaux construits sur des décennies, l’impression que la “mixité sociale” servait surtout à faire venir d’autres populations, pas à améliorer leur quotidien. Comme on a détruit plus de logements qu’on en a reconstruits : l’offre sociale a diminué, les loyers ont augmenté dans d’autres quartiers, les ménages modestes ont été dispersés dans des zones déjà fragiles.

Montreynaud montre bien que : la rénovation urbaine peut améliorer l’image d’un quartier, mais elle peut aussi effacer son histoire et fragiliser ses habitants, tout en créant une pression immobilière qui profite davantage aux opérateurs et affidés qu’aux résidents initiaux.

On pourrait citer bien d’autres quartiers où la destruction a primé sur une approche construite avec les habitants — Maugara, la Dame Blanche, pour ne prendre que ces exemples. Mais je terminerai cet article par un témoignage venu des tours de Monthieu.

« Ici, nous vivons au milieu des insectes et des rats. L’isolation phonique et thermique est inexistante, les ascenseurs fonctionnent un jour sur deux. » Et pourtant, lorsqu’on évoque l’hypothèse de détruire les tours et de reloger les habitants ailleurs, la réponse est nette : ils refusent.

« Nous aimons vivre ici. On a plein de magasins à côté, on se connaît entre voisins, et il y a ce petit parc où l’on peut discuter. »

Ce n’est ni aux bailleurs sociaux ni aux municipalités de décider de l’avenir des quartiers, mais bien à celles et ceux qui y vivent. C’est non seulement plus démocratique, mais aussi plus intelligent, plus efficace et, de fait, bien moins coûteux que la destruction systématique. Si l’on choisit une autre voie, il faudra l’assumer et l’expliquer : au nom de quels intérêts agit‑on alors ?

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